Il est peut-être arrivé qu’une personne nous dise : « Tu es immature », ou encore « ça c’est de l’immaturité …. ». Parfois, nous nous sentons jugés injustement. Alors c’est quoi l’immaturité ? Et la maturité qu’est-ce que c’est ?

mariage mise bague1L’immaturité : peut se définir comme la condition dans laquelle se trouve une personne qui n’a pas encore renoncé aux désirs et aux fantasmes de l’enfance. Désirs et fantasmes renvoient à une personne qui vit et pense réellement que le monde tourne autour d’elle, ou encore que la réalité se dédouble en fonction de ce qu’elle veut ou ne veut pas. La caractéristique principale de l’immature est l’égocentrisme et d’autres traits qui sont : des faux-semblants, tendance à culpabiliser les autres, développe des liens de dépendance, plainte et tristesse, etc. A l'inverse, une personne modérée, qui a des agissements réalistes et équilibrés, développe un sens de maturité.

La maturité est la capacité et la volonté d’être totalement responsable de notre attitude autant que de ce que nous disons ou faisons, c’est-à-dire devenir conscient des engagements et responsabilités qu'impliquent nos choix et décisions : j'ai un problème de maturité si je me marie (engagement), mais par la suite, je refuse d'assumer affectivement et matériellement, si je tiens à continuer à vivre comme un célibataire, par certaines attitudes. La personne mature fait des choix, ensuite les assume et les affirme, par exemple, les choix éthiques ou spirituels.

Il y a plusieurs maturités : la maturité intellectuelle, morale, affective, spirituelle. Elles ne sont pas nécessairement interdépendantes. Le développement intellectuel est totalement indépendant de l’évolution affective : une personne peut être très intelligente et au contraire être immature affectivement ! L’on peut donc parvenir à la maturité intellectuelle sans réaliser la maturité morale ou spirituelle.

Il est très important de souligner que la maturité n’est pas une qualité innée de l’homme, mais elle s’acquiert. La formation personnelle est le meilleur moyen d’y parvenir (avant, il y avait pas exemple des rites de passage qui étaient des moyens de conduire les individus à la maturité). La formation aide à développer les qualités qui reflètent la maturité à savoir : l’amour, le dévouement à ce qu’on entreprend, la faculté de voir les choses avec réalisme, la confiance qu’on inspire à autrui et le discernement spirituel, la foi.

Nous allons nous attarder sur la maturité affective qui a un lien étroit avec la vie de couple.

La maturité affective est la capacité à savoir s’accepter et accepter les autres tels qu’ils sont. La maturité affective se mesure par plusieurs facteurs dont l’autonomie. Parlant d’autonomie, le premier test d’autonomie et donc de maturité affective sera la décision de se marier, ensuite celle d'affirmer un choix d'homme ou de femme en interrogeant sa seule conscience, même si on examine divers avis, mais sans laisser que la famille ou les amis nous imposent un choix.

Nous devons savoir vivre par soi-même, en évitant de tout faire reposer sur le conjoint, y compris nos propres manquements et echecs. Cependant, il ne faut pas oublier que nous avons tous besoin d’autrui pour vivre. Savoir s’accepter soi-même pour accepter les autres. C’est cela la véritable maturité affective qui rend possible le couple épanoui. C’est développer des rapports sains avec soi-même et autrui.

La maturité affective est acquise lorsqu’une personne sait gérer ses conflits internes et si elle sait garder sa capacité critique et d’autocritique. Une personne mature affectivement partage une relation amoureuse avec son partenaire en acceptant le fait qu’il soit acteur lui aussi dans la relation. C’est tout le contraire de l’immaturité affective : dans un couple, si un conjoint est tourné sur lui-même et sur des choses qui lui sont propres, et même temps attend d’être pris en charge ou encore un traitement de faveur de la part de l’autre.

Albert Einstein nous dit « la maturité commence à se manifester quand nous sentons que notre préoccupation pour les autres est plus grande que pour nous même ».

Dans une relation de couple, les conjoints doivent vivre la charité. Le bien de l’autre doit toujours passer avant celui de chacun des conjoints. Les conjoints doivent se comprendre et s’accepter tels qu’ils sont, sans que cela n’écorche l’amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, d’où la maturité affective.

Couple PriereLa foi consiste en une relation personnelle avec le Seigneur. Cependant, cette relation peut devenir stérile si elle n’a pas autant un ancrage qu’une expression pratiques au sein d’une communauté de vie, dont, à la base, notre famille. Le Christ nous en montre l’exemple : Il s’est fait chair au sein d’une famille, la sainte Famille de Nazareth, et ensuite, Il a accompli son Œuvre de Rédemption au milieu de ses Apôtres et de ses disciples qu’Il désigna Lui-même comme sa famille (Mt 12,50). La foi atteint une fécondité plus grande lorsqu’elle est vécue en interaction avec les autres, au premier rang desquels notre conjoint et nos enfants, qui, de fait, sont notre première communauté de vie, notre Église domestique (CEC, 1655). En effet, à travers ces liens, notre relation personnelle à Dieu trouve autant ses manifestations concrètes (les vertus, la charité, le pardon, etc.) qu’un approfondissement rendu possible par la piété commune qui fait que les conjoints s’édifient et se fortifient mutuellement. La foi personnelle trouve également sa première ouverture apostolique dans sa transmission aux enfants. Pour un époux, il ne devrait donc pas y avoir une discontinuité entre la foi qu’il professe et sa vocation matrimoniale.

amour africain de couples 40213257Beaucoup de couples se délitent parce que très rapidement après leur mariage, ils perdent de vue cette dimension de leur relation qu’on pourrait formuler en des termes simples : « l’attention à l’autre ».

En fait, l’expression première de notre amour pour le conjoint, c’est notre volonté à rester attentif à ce qui, concrètement, l'aide à se réaliser en tant que personne, dans ses goûts, ses valeurs, ses désirs profonds d’épanouissement social et non les nôtres (pour autant que ceux-ci n’entrent pas en conflit avec le couple : il faut des compromis qui tiennent aussi compte du conjoint et des enfants !). Dans notre vie de couple, il nous faudrait constamment nous décentrer de nous-même, sortir de l’égoïsme ou de l’égocentrisme, afin de considérer aussi le sort du conjoint qui est à nos côtés : est-ce qu’il ou qu’elle s’épanouit à mes côtés ? Est-ce qu’au fil des années, je n’ai pas fait de lui ou d’elle le simple serviteur de mes ambitions, de mon épanouissement ? Qu’est ce qui le rend ou la rend heureux (se) ? Suis-je pour lui ou pour elle une source de réalisation personnelle, ou pour mieux le dire, "une aide qui lui soit assortie" (Gn 2,18) ?

L’attention demande souvent bien peu de choses qu’il n’y paraît, mais qui sont fonction du « langage de l’amour » que l’autre comprend le mieux : lui rendre des services, les paroles valorisantes, l’aider dans son projet, parfois la simple présence physique peut suffire. L'amour se réalise dans de petites choses quotidiennes et non dans le fait de décrocher la lune pour la personne aimée.

J’ajouterai cependant quelque chose qui me paraît essentielle : il est illusoire de croire qu’une personne pourrait à elle seule nous donner la plénitude du bonheur. La conception moderne romanesque de l’amour pousse beaucoup de jeunes à formuler des attentes excessives, voire irréalistes envers le fiancé, puis le conjoint. Souvent nous lui attribuons tous nos échecs (« c’est à cause de toi que... »). Or, le bonheur n’est pas quelque chose qu’on prend ou qu’on arrache chez un autre. Il est toujours à construire en soi-même, en ajoutant le bien que l’autre et les autres nous font, aussi petit soit ce bien, à notre propre effort de recherche de réalisation personnelle. Notre paix intérieure se construit avant tout en nous, en prenant appui sur notre foi en Jésus-Christ. Lorsque je conseille un conjoint totalement dévasté par sa vie de couple, la première chose à laquelle je le pousse, c’est de l’amener à repartir de lui (elle)-même, à reprendre confiance en soi-même, à se retrouver d’abord comme un individu qui a une dignité que Dieu seul lui a donnée.

Mon expérience d’écoute de nombreux couples m’a amené à réaliser qu’une des graves blessures du mariage aujourd’hui est l’égoïsme, conduit parfois jusqu’à la négation pure et simple du conjoint en tant que personne, qui a de ce fait la même dignité que nous, celle de fils ou fille de Dieu. Voyons en notre époux ou notre épouse, une image de Dieu auprès de nous !

40376927 538783693226426 5918600719279063040 n(Notre point de vue à cette question posée par un participant à la « Récollection des fiancés »)

Je fais partie de ceux qui ne font pas de fixation sur la différence d’âge, du moment où c’est deux adultes liés par un amour sincère, désintéressé. Cependant, cet élément de sincérité implique qu'il faudrait se prononcer au cas par cas, en tenant compte de trois aspects qui me semblent essentiels dans ce discernement au cas par cas. Avant de les énumérer je signale que je ne tiens pas compte du regard social, ce n’est pas le plus décisif si des gens s’aiment réellement et ont la volonté de s’établir dans un projet de vie.

Premièrement, il y a le cas où la différence d’âge pose un problème moral : si elle est telle qu’elle fonde le mariage sur l’emprise psychologique de l’un par rapport à l’autre (une personne très âgée et un ou une jeune par exemple) - Notons cependant que les emprises psychologiques dans le mariage peuvent se produire même sans différence d’âge importante, bien que celle-ci la favorise naturellement.

Famille chrétienneDans les jeunes couples, l’enfant peut devenir assez tôt une source de conflits. Je noterai deux cas : soit parce que les époux ne s’accordent pas sur le modèle éducatif à donner à l’enfant (l’un estime par exemple que l’autre « gatte trop » l’enfant) ; soit parce que l’enfant vient bousculer une relation amoureuse et affective jusque-là « à deux », ce qui parfois joue jusqu’à l’intimité du couple. Je vais développer brièvement ce deuxième cas.

Lorsque les premiers enfants naissent, il arrive souvent que le conjoint (la mère en général, mais le père aussi dans quelques cas), déplace presque complètement son attention sur l’enfant. Il se produit ce qu’on appelle un « déplacement affectif », de son époux (se) vers cet enfant. L’autre conjoint va alors se sentir exclu de la nouvelle relation, voire même délaissée (c’est une réalité que peu d’époux acceptent d’exprimer à leurs femmes, parce qu’ils vont se sentir mal jugés !). Lui aussi tentera à son tour un autre déplacement, par exemple vers son travail ou même ses amis, etc. D’où la distance qui commence à se creuser entre les deux, sans parfois qu’ils se rendent compte ou admettent que l’enfant a été implicitement l’élément déclencheur.

Pour éviter ce type de problèmes, une des clés est que l’enfant doit venir comme un projet du couple, assumée dès le départ « à deux ». Qu’est que cela implique concrètement : il faudrait un investissement commun sur l’enfant dès la grossesse. Le père en particulier doit se montrer présent dans la grossesse de son épouse (par exemple l’accompagner autant de fois possible dans ses examens prénataux, etc.). Et quand l’enfant vient, l’investissement doit aussi être commun, le père acceptant certaines tâches concernant l’enfant, par exemple le laver, le bercer, etc. Il va également de soi que l’enfant ne devrait pas faire l’objet d’un amour à part, déconnecté de celui que ses parents se portent.